Mickael Halley

La pratique que je développe à travers le dessin, la sculpture, l’installation et la création sonore s’articule autour d’un axe de recherche que j’appelle la pensée architecturale.

Ce terme désigne une manière de concevoir l’activité mentale comme une organisation spatiale. Les idées, les connaissances, les souvenirs et les concepts ne sont pas simplement accumulés dans la mémoire : ils se disposent dans un espace intérieur, mouvant et intuitivement construit. Cet espace est à la fois un lieu de conservation, de passage et d’habitation.

La pensée architecturale se compose d’éléments, de fragments issus d’une archéologie sensible et émotionnelle. Elle est régie par ce qui subsiste après le passage d’une expérience dans l’esprit : traces, sensations, images, associations et formes résiduelles.

Les images qui résultent de ce processus se situent à l’antithèse du dictionnaire. Là où le dictionnaire stabilise et définit le sens, l’image introduit l’ambiguïté, condense et ouvre des possibilités d’interprétation. Les images produites ne sont ni volontairement cryptées ni destinées à dissimuler une signification. Elles sont le résultat d’un processus d’appropriation et de digestion, au cours duquel les éléments traversés, observés ou vécus sont transformés et recomposés.

Ainsi, la pensée architecturale ne cherche pas à représenter fidèlement un contenu mental, mais à donner forme à la manière dont celui-ci s’organise, se déplace et se transforme dans l’espace intérieur.

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Textes par Marie-Laure Lapeyrère pour l'exposition "Mémoire intruse, mémoire diffuse, images confuses"

"Mickaël Halley pour sa part collecte des images via l’appareil photo de son téléphone qui, une fois sélectionnées, alimentent quotidiennement ce que l’artiste nomme son atlas photographique, large ressource d’images multiples et diverses. Dans « Atlas ou le gai savoir inquiet », Georges Didi Huberman précise que l’atlas « forme visuelle du savoir, forme savante du voir, (…) invente des zones interstitielles d’exploration ». Et c’est bien ce qui semble se jouer dans le travail de Mickaël Halley. Que l’artiste s’empare du dessin, de la peinture, de la photographie, de la céramique voire du son, qu’il fabrique ses feuilles de dessin en papier mâché à partir de ses archives administratives ou les cadres de ses propres dessins, il articule ses réalisations sur le principe de la partition musicale ou d’une table de l’atlas warburgien. Les formes, les couleurs, les objets, les matières sont assemblées débordant toutes formes de cadres et de normes et dont la lecture provoque des intervalles de sens que des espaces de musicalité. Aussi, Mickaël Halley se refuse à la production de récits unilatéraux, majeurs et enfermés ; bien au contraire ses propositions s’ouvrent vers des lectures multiples dotées de « plusieurs temporalités, plusieurs espaces et points de vue », considérant qu’une histoire « ne possède que très rarement une seule et immuable réalité »."